Point d’actualité sur l’Islande

Premier pays à avoir fait les frais de la folie des banquiers, en 2008, le système financier Islandais explose sous le poids de sa dette privée. Les banques avaient contracté une dette représentant près de 1200% du PIB. À titre de comparaison, la dette privée de la France culminait à plus de 400% du PIB. Commence alors une négociation avec les créanciers, des banques anglaises et hollandaises. Après plusieurs propositions de rééchelonnement qui auraient toutes signées la mise en esclavage du pays pour plusieurs décennies, le président décide, en février 2011, de soumettre le choix à son peuple par voie de référendum. Moins de deux mois plus tard, le peuple rejette la proposition à 58%. L’Islande revient aujourd’hui sur le devant de la scène car avec une croissance de 3%, elle démontre que l’insoumission aux banques ne rime pas avec catastrophe, bien au contraire (pour rappel : la croissance était de -9% en 2009). Mieux, annonce est faite le 16 mars 2012 que le pays s’offre le luxe de rembourser sa dette en avance, ça laisse rêveur !

Cependant, sur ce qui circule sur le net, il y a là une confusion grave entre dette privée et dette publique. L’Islande a continué de créer de la dette publique, son fonctionnement est semblable à beaucoup de pays dotés d’une banque centrale contrôlée par l’état. Au passage, ce n’est pas le cas des Etats-Unis et pour l’Europe oui mais non puisque la BCE peut prêter aux états uniquement par l’intermédiaire d’acteurs privés. En 2008, au tout début de la crise, le FMI avait d’ailleurs prêté 2,1 Milliards de dollars à l’état pour faire face au manque à gagner occasionné par la chute de ses banques qu’il fallait en plus nationaliser. La dette publique de l’Islande est bien existante et d’ailleurs très convoitée. Après avoir cessé d’émettre des titres sur les marchés pendant deux ans, elle a refait le plein en levant 2 milliards de dollars entre juillet 2011 et le 4 mai dernier. Les investisseurs étaient au rendez-vous, les bons du trésors se sont vendus comme des petits pains.

L’économiste et prix nobel Paul Krugman résume très bien tout ça dans plusieurs de ses publications. C’est un libéral, il sait de quoi il parle. Pour être complet, il faudrait encore aborder la dévaluation de la monnaie qui a été opérée pour favoriser les exportations, le tissu industriel très alluminocentré et très polluant, l’intérêt des chinois pour ce petit pays… Pour ce qui est d’une réappropriation du pouvoir par le peuple, la séduisante réécriture de la constitution par des citoyens a aussi ses limites. Il y a bien eu un élan démocratique dans la rédaction de cette nouvelle constitution. La méthode d’écriture, certes pas parfaite, a quand même été l’aboutissement d’un travail de citoyens. Trois choses importantes à rappeler : 1. La constitution de l’Islande est calquée sur celle du Danemark (ancien colonisateur), 2. Il y a seulement 320 000 habitants, 3. La constitution a été remise au parlement en septembre pour être validée. Pour finir, le premier ministre en exercice en 2008 a été jugé pour sa responsabilité dans la crise. La cour lui a simplement dit qu’il aurait dû « faire un peu plus de réunions » pour ce qui est du reste, rien.

L’Islande demeure aujourd’hui un pays en croissance et en refonte, avec une formidable envie d’aller de l’avant. Plus que jamais le pays est attractif, notamment pour accueillir les entreprises en investissement ou organisation de séminaires, et bien sûr le tourisme reste un catalyseur très important de la croissance du pays.

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