Quand l’Islande inspire l’Alsace

L’un et l’autre ne sont à première vue pas comparables. En Alsace, pas de geyser, pas de lave ni de saunas naturels. Pourtant, grâce aux petites failles tectoniques du fossé rhénan, la région dispose d’eau souterraine à haute température. Assez pour développer la géothermie profonde, technique visant à exploiter la chaleur située dans le sous-sol. Rien de nouveau en Alsace, où des expérimentations sont menées depuis plusieurs décennies. Mais, à l’heure où trois nouveaux projets vont être lancés pour accompagner la transition énergétique, élus, universitaires et opérateurs locaux sont allés en Islande afin de s’inspirer de ce que Reykjavik a mis en place depuis les années 1950. En charge de ces questions à la mairie de Strasbourg, Alain Jund était du déplacement pour mieux appréhender la géothermie à l’occasion d’un colloque en avril : « C’est quelque chose de quotidien, ils l’utilisent même pour dégeler des routes. Tous leurs immeubles sont chauffés ainsi, avec des stations en pleine ville, ça surprend. » Malgré la différence de contexte géophysique, les élus de Strasbourg mais aussi d’Illkirch ou d’Eckbolsheim (concernés par les projets en cours) ont beaucoup appris. Alain Jund détaille : « Certes, la géothermie est à fleur de peau là-bas, mais ça nous a permis de voir la technologie utilisée ou de parler des questions de sismicité par exemple. » La présence d’entreprises alsaciennes exploitantes et de responsables universitaires a également participé à renforcer des partenariats. C’est le cas de l’ Insa qui, à Strasbourg, propose un cursus génie climatique et énergétique et des échanges avec deux universités de Reykjavik. « Mais ces liens étaient surtout unilatéraux », commente Marc Renner. Après les campagnes de mesures géophysiques (comme ici à Hoenheim), de nouveaux projets d’utilisation industrielle de la géothermie vont être lancés en Alsace. Le directeur de l’école d’ingénieurs prolonge : « On veut désormais attirer plus d’Islandais. Avec les projets en cours ici, on a besoin de stagiaires, à l’Eurométropole comme chez les opérateurs. » Le savoir-faire de l’île volcanique… Autant technique, d’ailleurs, que sociétal, où ces techniques sont ancrées grâce aux bonnes relations entre les différents acteurs, ainsi que l’Alsace le renforce entre collectivités, scientifiques et entreprises. « Sur l’acceptation citoyenne, on a encore beaucoup à apprendre, nuance néanmoins Marc Renner. C’est impressionnant, les Islandais ont une forme d’énergie gigantesque mais ils restent très sensibles aux questions éthiques, à l’utilisation qui en est faite. Ils veulent tout comprendre et si ça ne va pas, ils le font savoir. » C’est justement dans le domaine du débat public que les politiques bas-rhinois sont aussi allés chercher des idées. « Sur l’acceptabilité, le contrôle et le suivi, on voulait s’éclairer sur ce qu’ils ont mis en place là-bas, valide Alain Jund. Et on s’est rendu compte de l’indispensable transparence à avoir. » Le mot revient en boucle. Alors que des projets sont en cours à Eckbolsheim (pour chauffer le réseau d’Hautepierre), Vendenheim (pour du chauffage à visée industriel) et Illkirch (afin de produire chaleur et électricité pour l’Eurométropole) – après le site de Soultz-en-Forêts et la centrale de Rittershoffen –, les habitants seront plus informés que jamais. « Trois permis d’exploitation ont été accordés, mais tout se fera à condition de prendre en compte les inquiétudes légitimes et expliquer la géothermie, pour éviter la confusion et les fantasmes », présente le président de l’Eurométropole Robert Hermann. D’autant que dans la région, les situations (mal envisagées) de Lochwiller et Bâle ont laissé des traces dans les esprits. En attendant qu’un site Internet soit mis en place pour suivre au quotidien les avancées de ces chantiers locaux, Strasbourg reçoit justement un congrès européen de géothermie dès mardi 20 septembre. Et le grand public pourra profiter des explications de ces spécialistes pour s’informer lors d’une conférence au Palais universitaire, jeudi.

This entry was posted in nouvelles d'Islande. Bookmark the permalink.

Comments are closed.